39 ans d’occupation espagnole, pendant le XVIe siècle, ont suffit pour instaurer et ancrer l’art de la céramique en Tunisie. Malgré l’impact de l’hégémonie du marché chinois sur tous les secteurs artisanaux dans le pays, Nabeul et Djerba demeurent des épicentres de productions prisées qui font perdurer les techniques et les répertoires iconographiques ancestraux.
Les décors architecturaux du mausolée Sidi Kacem El Jellizi et les objets utilitaires et décoratifs qu’abritent son musée de la céramique plongent le spectateur dans une histoire rayonnante qui a connu, en plus de l’empreinte andalouse, des influences maghrébines, turcs et italiennes et aussi des périodes moins prolifiques d’abandon des émaux et des formes luxuriantes.

Les décors végétaux et animaliers ont perdu la finesse et la richesse de leurs motifs et leurs couleurs au cours du XIXe siècle. Les années de déclin de la céramique tunisienne n’ont heureusement pas duré longtemps grâce à l’initiative du gouvernement qui a engagé dès 1881 l’artiste, céramiste et chroniqueur Jacob Chemla, d’origine djerbienne, pour redorer le blason de cet art du feu. Ses recherches laborieuses ont porté sur les émaux orientaux, un projet fructueux de conservation du savoir-faire qui a été poursuivi par les maîtres artisans Louis Tissier et son épouse Lucienne.
Installé à Nabeul en 1898, le couple français a entreprit un travail de recherche sur les techniques et les répertoires de motifs disparus. La nouvelle dynamique artisanale et savante que les maîtres ont lancée dans la ville a contribué à donner naissance à des enseignes familiales de renom. Pour les amateurs de la céramique méditerranéenne, les magasins Kharraz et Abderrazak sont des passages incontournables. Les fondateurs de ces entreprises Hassen Kharraz et les jumeaux Hassen et Hacine Abderrazak se sont initiés aux secrets de la poterie dans les ateliers du couple français. Nabeul a connu un âge d’or de la céramique durant la première moitié du XXe notamment avec le rayonnement à l’échelle internationale des productions de sa poterie qui a mérité le statut de forme d’art avec les œuvres décorées de compositions élaborées combinant des motifs stylisés et des détails calligraphiques subtils.
« Nous voyons alors dans les années 1928 et 1929 des géants de l’industrie comme M. Gillette, aux États-Unis (PDG des usines de lames de rasoir), commander des décorations de salles de bain, de jardins et de piscines. Les revêtements de carreaux tunisiens à décors turco-persan ou andalou envahissent les somptueuses demeures de Californie. »
Alain et Dalila Loviconi
Référence
Alain et Dalila Loviconi, Faïences de Tunisie, Tunis, Édisud, 1994.

3 replies on “L’âge d’or de la céramique tunisienne”
J’adore la céramique… Merci pour cet article. C’est drôle, j’ai moi-même écrit une petite nouvelle sur un artiste qui utilise la céramique pour panser les plaies du bitume : https://iddefemmes.home.blog/2021/08/31/histoire-vraie-le-raccommodeur-de-bitume/ Si le temps vous en laisse le coeur vous pourrez voir ce que cet artiste réalise. Cordialement.
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Le plaisir de délecter l’art de la rue est partagé aussi, merci, je suis contente d’avoir fait la connaissance de cette pratique avec ta belle prose
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On se perd pas de vue n’est-ce pas. À bientôt
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