L’habillement européen a fait son entrée en Tunisie avec l’uniforme militaire. Sous le règne de Hassin bey (1824-1835), l’armée tunisienne s’est occidentalisée en troquant le caftan contre une veste et un pantalon qui épouse la forme du corps. Cette nouveauté vestimentaire s’est par la suite propagée parmi les intendants de la cours.
Le garde-robe des femmes s’est, quant à lui, influencé plus tard par la mode méditerranéenne et européenne. Ce sont surtout des éléments et des tissus turcs et syriens qui ont enrichi les tenus des reines, princesses, leurs suivantes et domestiques. Les changements sont après adoptées par les femmes de notables à Tunis.
Les archives, constituées principalement de listes d’achats de la cours, ont montré l’introduction de pièces et d’étoffes importées d’Europe, dont on peut observer certaines dans les peintures orientalistes. Le monde féminin étant un grand absent de la sphère publique, il est difficile de rassembler une iconographie riche sur le sujet de l’habillement.
Les sources disponibles dépeignent la consommation ostentatoire des femmes du palais et témoignent de la modernisation progressive des tenues tant sur la forme que sur l’agencement. En effet, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les femmes superposaient de moins en moins de couches de vêtements et portaient des robes et des brocarts, signes de l’influence européenne sur la mode tunisienne.
Lella Kmar, une reine qui s’habille à la française
Le registre des comptes, ouvert en 1886, a permis de s’informer sur les achats vestimentaires de Kmar, épouse du roi Nâçir bey (1855-1922) lors de ses deux voyage en Turquie et en France. Les dépenses de son séjour à Vichy révèlent les achats qu’elle a effectués à Tunis chez les enseignes Petit Printemps et Galeries Lafayette ainsi que ceux faits dans la métropole.
« En France, Kmar beya opère des achats : gants, bas, chapeaux, éventails et sacs en lamé, strass et dorure, les parfaits accessoires des femmes du monde en villégiature de luxe. Elle adopte même leur mode de vie, le temps d’un voyage, avec des visites au coiffeur, un abonnement au casino, des soirées au théâtre et aux courses de taureaux. »
Leila Bellil
Le feuilleton Tej El Hadhra, diffusé au ramadan 2018, documenté notamment par les témoignages des descendants des beys, regorge de styles de vêtements et d’accessoires de citadins et des gens du palais qui témoignent de l’éclectisme de l’époque d’Ahmed I er bey.
Référence
Leila Bellil, » Froufrous et bruissements : costumes, tissus et couleurs dans la cour beylicale de Tunis au xixe siècle », dans Trames de langues. Usages et métissages linguistiques dans l’histoire du Maghreb, Jocelyne Dakhlia (dir.), p. 223-241.
