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Capsules sur la Tunisie moderne

La mode de la chanson franco-arabe dans les années 1930

C’est au début du XXe siècle que l’expression musique du monde apparait en Europe. Si le répertoire désigne à ses débuts la musique occidentale savante qui intègre des emprunts venus d’ailleurs, le brassage culturel entre sonorités s’est fait aussi dans l’autre sens, sur la rive orientale de la méditerranée. En Tunisie, le métissage trouve sa forme la plus colorée dans la chanson franco-arabe.

La création de l’association la Rachidia en 1939 avait pour enjeu principal de « lutter contre l’abandon par les Tunisiens de leur patrimoine. » La décision de fonder une institution de conservation de la musique tunisienne a été prise lors du premier congrès de la musique arabe qui s’est tenu au Caire en 1932. Bien avant cet évènement historique, les penseurs et les musiciens tunisiens avaient déclenché l’alarme sur l’invasion du paysage musical du pays par la musique égyptienne, libyenne et occidentale.

La chanson franco-arabe a vu le jour à cette époque de croisement de patrimoines variés. Son émergence n’est pas seulement la conséquence de la francisation des Tunisiens. L’universitaire et luthiste Yousra Dhahabi pense à ce propos que l’ouverture de la musique tunisienne sur l’occident date de l’instauration de l’école de la musique militaire en 1840. La chanson franco-arabe serait ainsi dans la continuité des influences stylistiques européennes introduites par les enseignants occidentaux, qui ont apprit aux soldats tunisiens l’art fanfare et orchestral militaire.

Les chansonnettes en arabe agrémentées par des mots et des expressions en langue française étaient appréciées et pratiquées par les Tunisois juifs et musulmans. « J’aime le mariage » de Leila Ettounissia, reprise par beaucoup d’artistes jusqu’à nos jours représente le répertoire riche des musiques de cérémonies nuptiales. Badiaa Assaghira, Hasiba Rochdi et Cheikh el Efrit ont enrichi cet éclectisme par, respectivement, les titres suivants : «  Au revoir, au revoir, maa salema habibi », « Titi titi » et « Wallah sar ». Parmi les illustres compositeurs de chansons franco-arabes, Dhahabi cite les artistes juifs Maurice Announ et Bechir Fehmi.

Référence

يسرى الذهبي، اشكالية الأصالة و الحداثة في الأغنية التونسية فترة ما بين الحربين، الحياة الثقافية عدد غاص بالموسيقى التونسية، عدد ١٨١، مارس ٢٠٠٧.

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