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Capsules sur la Tunisie moderne

Carthage : La possibilité d’une ville

Les sociétés et les villes idéales se dessinent ici et maintenant, dans le futur, sur les traces des passés glorieux, des légendes et des mythes. Dans la quête d’un monde meilleur, se créent des temps et des lieux réels et fictifs qui projettent les fantasmes et les folies des rêveurs. Si Carthage ne peut être classée avec l’Atlantide de Platon parce que ses vestiges nous survivront, elle n’a pas moins fait couler l’encre des utopistes et inspirer les explorateurs. Comment et pourquoi Carthage est-elle devenue une ville modèle qui a donné son nom à plusieurs endroits?

Une centaine de Carthage

Dans son livre « Les Carthage du monde », paru en 2007, l’historien Ridha Tlili questionne la spécificité toponymique de Carthage, le nom de ville le plus adopté dans le monde. Une centaine de lieux ont en effet été baptisés au nom de l’ancienne cité punique, dont les origines remontent autour de 814 av. J.-C. L’auteur suppose que si le continent américain recense le plus grand nombre de villes, villages et territoires qui portent le nom de Carthage, c’est à cause de l’exil des Andalous à partir de 1492. Rappelons à ce propos que les Carthaginois ont fondé l’actuelle ville espagnole Carthagène en 227 av. J.-C. L’emprunt du nom serait-il ainsi synonyme du sentiment nostalgique des exilés et des conquérants espagnols ou du sens étymologique phénicien Qart-Hadašt, qui signifie « Nouvelle ville ». Selon Mehdi Cherif, en mettant l’accent sur les histoires des emprunts tponymiques, Tlili « a voulu montrer que Carthage, plus qu’une ville, est un concept: celui du monde nouveau, juste, sans dictature. »

La cité antique dans les arts et les lettres

La carte spatio-temporelle de Carthage s’agrandit quand nous passons du voyage de Tlili aux représentations de la ville dans les œuvres littéraires. Les fictions achroniques de Hedi Thabet, pionnier du genre science fiction en Tunisie, explorent elles-aussi l’idée d’un lieu naissant. L’auteur fait de Carthage un concept narratif en multipliant les histoires de la ville qui apparaît dans ses lignes cosmopolite, puissante et humaniste. Dans les romans « Si Hannibal revenait » (2004) et « Le Temple de Tanit » (2012), l’auteur imagine d’autres futurs de la ville, si elle n’avait pas été détruite par les Romains, si elle retrouve la flamboyance de son passé antique.

Couverture du livre « Si Hannibal revenait » de l’auteur Hédi Thabet

Dans le sillage de Thabet, la romancière libanaise Raja Naama a sorti en 2017 « Néo Carthage », une utopie ficelée à partir d’idées philosophiques et scientifiques. L’histoire se situe en 2065 dans une nouvelle ville appelée Néo Carthage qui prône la paix, la connaissance et les arts. Alors que le reste du monde est plongé dans  la noirceur des guerres et des conflits, Carthage ouvre ses bras aux personnes à la recherche d’une terre accueillante et pacifique.  Les récits historiques et les œuvres qui s’inspirent de Carthage depuis Pline et Xénophon en passant par Henry Purcell et Gustave Flaubert oeuvrent ainsi à épaissir l’imaginaire d’une terre idéale en devenir.

Couverture du livre « Néo Carthage » de l’auteure Raja Naama
Référence

Mehdi Cherif, « Les Carthage du monde », Médium.

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