Le Journal Officiel Tunisien et l’imprimerie ont été lancées en 1860 sous le règne de Sadok bey. Cette nouvelle institution publique a engendré un véritable bouillon culturel en impulsant la création de nouveaux journaux, revues et publications en langue arabe qui s’intéressent aux lettres et aux secteurs économique, politique et juridique de la régence. D’après le chercheur et professeur universitaire Mohamed Hamdane « la production de journaux et revues s’élève à 340 titres en arabe et en judéo-arabe et à 977 titres en langues européennes entre 1838 et 1956. » Al-Majalla az-zaytouniyya (1936), le magazine féminin Leila (1936), Al-Hadhira (1888), Al-Manar (1903), Es-saâda al-Oudhma (1905), figurent parmi les premières revues en arabe.
À partir de la fin du XIXe siècle, le lecteur tunisien consommait la culture francophone dans les publications des organes du protectorat à l’instar de l’Institut de Carthage ou encore la Société des Écrivains de l’Afrique du Nord. Ce dernier a lancé La Kahena, une revue qui s’est spécialisée dans la littérature maghrébine.
La coexistence de l’imprimé en langues arabe et française permet d’observer les thèmes et les problèmes qui préoccupaient les communautés locales durant le protectorat, soit les questions politiques, le statut de la femme et l’enseignement. Elle est aussi le reflet de l’instauration du bilinguisme dans la culture tunisienne au détriment des autres langues qui étaient utilisées à l’écrit comme à l’oral au XIXe siècle, comme en témoigne les deux journaux « Il Giornale di Tunisi e Cartagine » (1838) et « Corriere di Tunisi » (1859).
« Avec le Protectorat, une politique linguistique offensive impose la langue française dans le monde de l’écrit notamment, depuis l’enseignement jusqu’à la surveillance des journaux, en passant par l’administration. Ce qui développe la production intellectuelle de façon inégale et avec des décalages-sur les deux langues, française et arabe, en minorant l’usage des autres langues qui étaient présentes dans le monde de l’écrit (l’italien, l’hébreu et le judéo-arabe notamment) et en réservant l’arabe dialectal au domaine oral. »
Kmar Bendana
Références
Kmar Bendana, « Revues tunisiennes, entre passé et présent », dans Une histoire sociale et culturelle du politique en Algérie, Morgan Corriou et M’hamed Oualdi (dir.), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2018.
Kmar Bendana, Revues et générations en Tunisie au XXème siècle : transitions et ruptures, Les ouvrages du CRASC, Centre de Recherche en Anthropologie Sociale.

