Plusieurs essayistes s’accordent sur le fait que jusqu’à environ la moitié du XXe siècle l’intellectuel et l’artiste francophone en Tunisie ne s’étaient pas encore séparés du regard binaire jeté sur la population locale.
La culture visuelle n’a évidemment pas échappé à la règle comme en témoigne les photographies, les cartes postales ou encore les peintures réalisées par des européens installés ou de passage en Tunisie et les peintres d’origine tunisienne. Ces derniers ont repris les mêmes sujets traitées par les orientalistes occidentaux.
Dans ce corpus la femme est sujette au double regard de l’exotisme et du féminisme européen. Deux films qui se croisent dans le genre comédie musicale approchent les figures de la bédouine et la citadine en mettant l’accent sur les rapports sociaux dans lesquels l’indigène se trouve sous le contrôle de l’homme.
Princesse Tam Tam, réalisé par Edmond T. Gréville en 1935 traite des problématiques actuelles de la femme tout en servant la propagande coloniale. Aouïna, le personnage principal de la bédouine est joué par Joséphine Becker, pour souligner davantage le statut de la femme dans la métropole versus dans son pays d’origine.
« Aouïna quant à elle est l’objet de la violence physique de ses compatriotes: le marchand de fruit à qui elle dérobe une orange et Dar, le domestique de Max, qui s’apprête à la fouetter pour l’avoir surprise dans le jardin dont il a la garde. La dénonciation des violences faites aux femmes par les hommes indigènes est un motif classique de la légitimation de la présence coloniale. »
Jean-François Staszak
Un autre poncif de la domination exercée par l’homme arabe sur la femme est évoqué par Le fou de Kairouan (1939), le premier film maghrébin parlant en arabe. Le réalisateur Jean-André Kreuzi a fait appel aux scénaristes Paul Hug et Hassen Rachik pour interpréter le drame de l’amour qui rend fou.
« Cette fiction raconte l’histoire d’un marchand de tapis de Kairouan refusant de marier sa fille aînée à l’homme qu’elle aime. Regrettant amèrement sa décision, il part finalement à la recherche de l’ancien amant de sa fille… »
Zibeline
Références
STASZAK, Jean-François. L’écran de l’exotisme. La place de Joséphine Baker dans le cinémafrançais. Annales de géographie, 2014, vol. 695-696, no. 1, p. 646-670.
Le fou de Kairouan de Jean André Kreuzi pour la première fois à Marseille, Zibeline L’actualité culturelle du Sud Est.
