Au début du XXe siècle, le protectorat compte plus de 120 troupes théâtrales tunisiennes. Le quatrième art a vu le jour dans une dynamique culturelle arabisante et nationaliste, sous l’influence des théâtres français, italien et égyptien. Ces derniers donnaient des représentations sur tout le territoire tunisien.
Quelques décennies plus tôt les intellectuels réformistes de la régence comme Khayr alDin al Tunsi et Mohamed Belkhoja, qui ont découvert le théâtre occidental, ont contribué par leurs écrits à faire connaitre le théâtre moderne auprès du public tunisien. Une fois installé dans le paysage culturel, le théâtre n’a pas manqué d’attirer la fibre artistique féminine.
Des artistes audacieuses
Aujourd’hui, de cette période de balbutiement des arts de la scène, notre mémoire collective se souvient de la sulfureuse chanteuse Habiba Msika. Danseuse, actrice, féministe et moderne, Habiba avait marqué les esprits de l’époque par le scandaleux baiser qu’elle a joué en 1925 avec Rachida Lotfi dans le classique Roméo et Juliette au théâtre Ben Kamla, le premier théâtre tunisien privé, ouvert à Tunis. D’autres figures féminines ont bravé les interdits sociaux en joignant les troupes théâtrales tunisiennes à partir de 1910.
« Tel fut le cas de Zoubeida Dziriyya, Beya el Houla, Aïcha Essaghira, Nesriyya Fraise, Housseina Amir, Fadhila Khiitm », cite l’écrivain et journaliste Soufiane Ben Farhat. Ces pionnières du théâtre sont aussi multidisciplinaires qu’ambitieuses. Fadhila Khiitm « était la première femme Tunisienne à créer en 1928, une troupe théâtrale, à côté du parolier Abderrazak Karabaka et le journaliste Hedi Labidi. »
Références
Ben Farhat Soufiane. Des origines à nos jours, le théâtre tunisien, missionnaire et d’avant-garde. In: Horizons Maghrébins – Le droit à la mémoire, N°58, 2008.
Quand Habiba Msika jouait Roméo et Rachida jouait Juliette, http://www.wepostmag.com
Fadhila Khetmi
