Pour désigner les demeures où siégeaient les rois de la régence on n’employait pas l’équivalent arabe des mots palais, château ou encore citadelle, soit ksar (رصق). Ce dernier vocable, plus fastueux, était cependant utilisé ailleurs dans l’empire ottoman. La particularité terminologique sur laquelle s’attarde l’article a été soulignée notamment par l’historien et ancien ministre de la culture Mohamed El Aziz Ben Achour lors d’une interview donnée à la revue Archibat en 2008 pour présenter les spécificités architecturales des palais husseinites.
Dâr, un bâtiment modeste ou une question de hiérarchie?
L’historien explique à propos de l’appellation que le terme dâr, qui se traduit par maison, est en fait communément utilisée pour signifier tout type de palais beylical, principal ou secondaire, et aussi les résidences des nobles. Les demeures des beys se distinguent de celles des dignitaires par leurs dimensions plus importantes et par des parties fonctionnelles comme les écuries, la cour de justice ou encore les espaces de travail.
« Sans doute, à l’époque turque, le palais appartient-il au souverain (…) sinon aux membres de sa famille, hauts dignitaires de la cour et chefs d’armée — ouzir, agha, kahia, daouletli… qui lui maintiennent le nom de dâr — « Dâr el-Pacha», « Dâr el-Bey », « Dâr el-Agha », « Dâr el-Kahia »
Jacques Revault
L’usage du mot dâr remonte au XVIe siècle, c’est-à-dire après la conquête ottomane. Pour distinguer les demeures, dâr est suivi de la fonction de son maître, son prénom ou son emplacement. À l’époque médiévale, dans l’actuelle Tunisie et le reste d’Ifriqya, les demeures des rois étaient nommées ksar.
Références
Jacques Revault, Palais et demeures de Tunis (XVIe et XVIIe siècles), Paris, Éditions du Centre National de la Recherche Scientifique,1967.
Interview de Mohamed El Aziz Ben Achour, propos recueilli par Olfa Belhassine, Archibat, décembre 2008.
