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Capsules sur la Tunisie moderne

Une escroquerie à l’origine du premier congrès de musique arabe

Plusieurs délégations de maîtres occidentaux et orientaux ont participé à cette première édition qui avait pour enjeu principal d’étudier l’héritage musical de l’orient au Maghreb.

Le premier congrès de musique arabe s’est tenu au Caire du 14 mars au 3 avril 1932, sous l’égide du roi Fouad 1er d’Égypte. Plusieurs délégations de maîtres occidentaux et orientaux participent à cette première édition qui eût pour enjeu principal d’étudier l’héritage musical de l’orient au Maghreb.

L’idée d’organiser cet événement crucial dans l’histoire de la musicologie arabe revient, si l’on se fie aux sources officielles, à Rodolphe François, baron d’Erlanger (1872-1932), musicologue et orientaliste qui séjourne en Tunisie dans son palais de Sidi Bou Said à partir de 1910. Or dans un article, paru en 2007, le chef d’orchestre et musicologue tunisien Mohamed Garfi raconte une anecdote qui révéla le véritable initiateur du Congrès. Il s’agit de Manoubi Ben Arbi Snoussi (1901-1966), le secrétaire du baron d’Erlanger.

Voici l’histoire

Le baron d’Erlanger recruta Snoussi en 1921 pour l’aider à rédiger son célébrissime ouvrage La musique arabe, édité par Geuthner, et dont le sixième et dernier volume a été publié posthume en 1959. Le projet bénéficie de l’aide de plusieurs spécialistes parmi lesquels Garfi cite le musicologue et arabiste britannique Henry George Farmer et l’ethnomusicologue français Alexis Chottin.

Le palais du Baron D’Erlanger appelé Ennejma Ezzahra est un musée de musique arabe et nord-africaine qui accueille aussi des concerts et des événements de musique

Snoussi avait pour tâche de traduire les ouvrages d’éminents savants médiévaux comme Al-Fârâbî et Ibn Sīnā (Avicenne) en langue française. Le projet du baron nécessita en outre une documentation sur la musique arabe actuelle, un travail auquel a participé l’artiste libanais Iskandar Chalfoun.

Dans les années 1920, le baron d’Erlanger correspondait avec Chalfoun dans le but de se procurer des manuscrits de chansons et de systèmes musicaux. Chalfoun prétendait qu’il collectait ces manuscrits auprès d’esclaves turques, déplacées du palais de Yıldız du sultan ottoman Abdülhamid II, à Istanbul, vers le palais d’Abedin au Caire. Ces femmes ont par la suite travaillé comme danseuses dans la fameuse avenue Mohamed Ali.

Snoussi découvrit que les documents fournis par Chalfoun sont faux et que celui-ci a proposé ses services dans le seul but de soutirer l’argent du baron. Cette escroquerie donna à Snoussi l’idée d’organiser un événement qui rassemble les musiciens arabes afin d’archiver, étudier et moderniser la musique des différentes contrées arabophones.

Les correspondances entre le baron d’Erlanger et Iskandar Chalfoun

Référence

Mohamed Garfi, « La Tunisie et le premier congrès de musique« , dans La vie culturelle, numéro spécial musique tunisienne, no 181, mars 2007, p. 87-96.

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