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Capsules sur la Tunisie moderne

Des peintures tunisiennes qui bruissent

Plusieurs peintures tunisiennes anecdotiques confinent des images sonores typiques, les voici :

La peinture n’est pas muette.

L’imagerie bidimensionnelle anecdotique se veut souvent une invitation à écouter le son du réel, son intensité, son rythme, son équilibre et son chaos.

Le peintre italien Carlo Carrà, fondateur du Futurisme, va plus loin. Dans le manifeste du mouvement (1913), il spécule l’existence d’une surface de projection entre les bruits et les figures mentales :

Toute succession de sons, de bruits et d’odeurs imprègne l’esprit d’une arabesque de formes et de couleurs

Carrà

L’imagination et la sensibilité du récepteur peuvent l’amener à entendre un cri de colère étouffée derrière un coup de pinceau ou le rougeoiement d’une joue dans un refrain. Quand le subjectif s’y met l’interprétation galope. C’est pourquoi cet article s’intéresse aux figures qui réfèrent visiblement à des sons représentés dans quelques œuvres de peintres tunisiens. Un lecteur qui n’a pas visité notre pays, les entendra dans les descriptions suivantes.

Des peintures de l’École de Tunis

Nous sommes dans la salle tiède d’un bain maure pour homme sur une table de massage en marbre. Le masseur « taïab » est habile et discret. Qu’entendons-nous? Le craquement des os et les gémissements de soulagement, l’écoulement de l’eau dans la salle chaude par laquelle s’échappe la vapeur qui floute la peinture, ou encore les réclamations courtes et chuchotées des baigneurs.

L’œuvre suivante représente « boussadia », un danseur ambulant couverts d’accessoires sonores : c’est un spectacle burlesque et polyphonique qui nous attend au coin d’un souk ou d’un café, la musique endiablée du tambourin se mélange aux applaudissements, aux rires des enfants et aux chansons improvisées des passants.

Abdelaziz Gorgi (1928-2008). Boussadia, aquarelle, Tunis, 1949.

Les flots de thé ruissellent du bec de la théière en cuivre sur fond de conversations de passants et de chants d’hirondelles.

Les derniers moment de la cérémonie du mariage. Se mêlent aux youyous résonnants, les louanges au dieu et à son prophète Mohamed et les souhaits chantés avec ardeurs pour accompagner la mariée sortant de la maison de ses parents pour aller à sa nouvelle demeure conjugale.

Ammar Farhat. La mariée, huile sur toile, Tunis, 1946

Dans la solitude de la maisonnée, le silence est ponctué par le grincement de la fileuse et les coups secs des ciseaux.

5 replies on “Des peintures tunisiennes qui bruissent”

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