La sécularisation de la Tunisie a fait un bout de chemin bien avant les réformes de la première république, grâce, en outre, aux activités d’assimilation de la Ligue française de l’enseignement.
En 1866, le pédagogue et homme politique français Jean Macé crée la Ligue de l’enseignement qui vise à affranchir l’enseignement de l’emprise de l’église catholique et à instaurer l’école gratuite et obligatoire en France.
La Ligue s’est donnée aussi pour mission de civiliser les indigènes des colonies françaises en promouvant une école publique étayée par les principes de la laïcité et ouverte à toutes les communautés qui vivent sur son territoire.
« Tout les enfants de la Tunisie à l’école laïque française » La ligue de l’enseignement en Tunisie, 1911
La fédération tunisienne de la Ligue a été fondée en 1901 par son premier président, le géomètre Victor Communaux et le résident général Stephen Pichon. Elle a impulsé la création des premières écoles franco-arabes en 1907.
À l’époque, les enfants des notables pouvaient accéder aux écoles françaises qui dispensent un enseignement général. Dans les écoles franco-arabes, les élèves recevaient un enseignement court en français avec une formation professionnelle. Quant aux filles, on a seulement accepté de leur donner une éducation ménagère.
Dans son livre « Un combat laïque en milieu colonial », Chokri Ben Fraj précise que la Ligue a propagé ses valeurs en engageant un discours unificateur et en œuvrant dans le scoutisme, les auberges de jeunesse et les colonies de vacances.

« La Ligue se singularisa par des conférences populaires sur la liberté, la tolérance, la solidarité, le progrès, visant au « rapprochement » des élites de toutes les communautés, afin de « faire comprendre la France par ceux qui nous entourent, notre langue, notre littérature, notre histoire (…) et éclairer les intelligences pour gagner leur cœur » (Henri Bec, 1905) », explique l’historien français Jean-Paul Scot.
Ces initiatives rentrent dans le cadre du travail social de la Ligue qui en plus de ses ambitions humaines universelles soutenait les efforts de la colonisation. Pour la Ligue, l’école publique est un vecteur de la loyauté pour la France et du vivre ensemble des différentes ethnies et groupes religieux.
Pour conclure, il convient de rappeler que la modernisation de l’enseignement en Tunisie a commencé avant l’implantation du système français et ce avec l’adoption à partir de 1840 « d’un enseignement militaire et un enseignement congréganiste de type européen. »
Références
Chokri Ben Fradj, Un combat laïque en milieu colonial, Paris, L’harmattan, 2004.
Scot Jean-Paul. Le combat laïque de la ligue de l’enseignement en Tunisie. In: Hommes et Migrations, n°1261, Mai-juin 2006.Accueillir autrement. pp. 157-162.
Sraieb Noureddine. L’idéologie de l’école en Tunisie coloniale (1881-1945). In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n°68-69, 1993. Etats modernes, nationalismes et islamismes. pp. 239-254.
